L’essor de la télémédecine : une opportunité pour les patients mais aussi pour le système de santé

Depuis le 15 septembre dernier, les actes de téléconsultation et de télé-expertise sont remboursés, sous conditions, par l’Assurance-maladie. Une véritable révolution qui devrait ancrer, à terme, la télémédecine dans le parcours de soins de millions de Français. Zoom sur une innovation qui ne date pourtant pas d’hier…

Une opportunité pour les patients mais aussi pour le système de santé

En juin dernier, des associations de défense des hôpitaux de proximité avaient rédigé un communiqué pour dénoncer l’inégalité de l’accès aux soins. De son côté, le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie (HCAAM) avait publié, en juin, un communiqué pour préconiser la création de 600 établissements de santé communautaires recentrés sur des activités de médecines polyvalentes. L’essor de la télémédecine est clairement une alternative à cette inégalité en matière de soins. Grâce à Internet et à la visioconférence, des professionnels de santé peuvent partager leur diagnostic et réfléchir collectivement à un protocole de soins. De quoi répondre aux problématiques de mobilité dont souffrent notamment les personnes âgées ou avec un handicap, à mobilité réduite mais aussi répondre aux difficultés de populations « isolées géographiquement » ou résidant dans les déserts médicaux.

Réduire les inégalités d’accès aux soins et aux spécialistes est d’ailleurs la première ambition de la télémédecine.

rappelle la majorité des professionnels de santé

La télémédecine pourrait aussi désengorger les cabinets de médecins généralistes extrêmement sollicités pour des actes de suivi. En effet, 42 % des demandes de rendez-vous chez le médecin traitant ont pour objet un renouvellement de traitement. Sans parler de la population des aidants qui a beaucoup à gagner.

Faire monter ma mère de 92 ans dans ma voiture pour aller voir un médecin est une épopée. Elle en revient souvent exténuée. Et moi aussi.

relève Sabine

Les fois où c’est possible, elle envisage d’un très bon oeil une expertise via webcam interposée.

10 ans d’expérimentation

Une récente étude réalisée par l’institut IPSOS Santé pour la startup Qare révèle que 1 Français sur 2 se déclare « prêt à consulter un médecin via une consultation en télémédecine, en complément des consultations physiques avec leur médecin pour un examen clinique approfondi ». Parallèlement, 3 médecins sur 4 sont aujourd’hui « favorables au développement de la télémédecine ».

Les autorités de santé semblent elles aussi séduites par les bénéfices de la télémédecine. Leur décision d’autoriser le remboursement par l’Assurance-maladie des actes de téléconsultation en atteste. Mais si depuis cette décision parlementaire, les projecteurs sont braqués sur la télémédecine, l’innovation ne date pas d’hier. C’est même un outil bien ancré dans les habitudes d’utilisation pour neuf territoires : l’Alsace, la Basse-Normandie, la Bourgogne, le Centre-Val-de-Loire, la Haute-Normandie, le Languedoc-Roussillon, la Martinique, les Pays-de-la-Loire et la Picardie. Dans ces régions, la téléconsultation – inscrite dans la loi Hôpital, patients, santé et territoires du 21 juillet 2009 – est expérimentée depuis… 10 ans !

Le dispositif séduit (presque) tout le monde

La téléconsultation, au cœur de la télémédecine, offre au patient la possibilité d’entrer en contact avec un professionnel de santé de façon dématérialisée. Autrement dit, à distance. A la fin de cet échange virtuel, le médecin adresse son ordonnance au patient qui règle la consultation via une plateforme sécurisée. Le remboursement se fait ensuite automatiquement. En théorie, il ne devrait pas y avoir de reste à charge pour les patients disposant d’une complémentaire santé. En revanche, pour télé-consulter, il faudra avoir vu son médecin traitant dans les douze mois précédents afin de garantir un bon suivi médical. Ce dernier doit rester la pierre angulaire du parcours de soins. Deux exceptions sont néanmoins prévues : pour les enfants et adolescents de moins de 16 ans et pour les spécialistes peu disponibles, tels que les gynécologues, ophtalmologues, psychiatres… Par ailleurs, les professionnels pratiquant les téléconsultations devront être inscrits à l’Ordre des médecins. Et les systèmes seront sécurisés pour protéger les données transmises et garantir la confidentialité.

Sur le papier, la procédure fait l’unanimité. Enfin presque… Car certains sont plus réticents au développement de cette pratique, n’hésitant pas à dénoncer des consultations au rabais, une déshumanisation de la relation patient/médecin, sans oublier de brandir la menace pesant sur la fuite des données personnelles. De leur côté, les « défenseurs » de la télémédecine mettent en avant des logiciels sécurisés déjà utilisés par les médecins, mais aussi de nombreuses exigences techniques et déontologiques comme véritables garde-fous. L’Assurance-maladie précise « qu’une téléconsultation ne peut être prise en charge et remboursée sans qu’une consultation physique n’ait eu lieu dans les douze mois précédents ». Par ailleurs, quid des patients pour lesquels la maîtrise de l’outil numérique demeure un obstacle ? Si des questions persistent, cette technologie a vraisemblablement de beaux jours devant elle.

Le chiffre

33% : Un tiers des Français, éloignés des services de santé, « renonce à consulter un professionnel de santé. »

Avis du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie, 5 juin 2018.

Un CHU « au cœur » de la télémédecine

En août dernier, le CHU Dijon Bourgogne est devenu le premier établissement français à expérimenter la télémédecine pour la rééducation cardio-vasculaire.

On estime que seuls 20 à 30 % des patients victimes de problèmes cardiaques bénéficient d’une rééducation. Pourtant, cette dernière est nécessaire, et dans la plupart des cas, elle est très efficace ! En effet, elle concourt à une meilleure espérance de vie, mais également à diminuer les risques de problèmes récurrents. La rééducation ambulatoire cardio-vasculaire traditionnelle nécessite trois demi-journées par semaine pour les patients pendant deux mois environ. Ce n’est pas toujours évident pour eux de s’y soumettre et de plus les unités spécialisées de prise en charge ambulatoire sont insuffisantes en nombre. C’est pourquoi nous pensons que la télémédecine peut être une excellente alternative.

Claire Morisset, chef de projet au CHU Dijon Bourgogne

Avant les pathologies cardiovasculaires, l’apnée du sommeil…

Dans les prochaines semaines, une étude va être initiée auprès de 110 patients. Elle durera trois ans. 55 patients suivront le programme traditionnel de rééducation (trois demi-journées par semaine à l’hôpital) et 55 seront suivis à distance afin de comparer les deux méthodes. Chaque patient aura à sa disposition une tablette dotée de l’application de télésurveillance, ainsi que des objets connectés à cette application (balance, tensiomètre…).

Pour chaque patient, un protocole de soins personnalisé est défini et paramétré dans l’application. Un agenda est alors établi afin que l’utilisateur visualise son programme et sache quels exercices il doit effectuer, quel régime alimentaire suivre.

Claire Morisset

A noter que les patients pourront consulter des contenus d’éducation thérapeutique leur expliquant comment effectuer leurs exercices, l’importance d’une nutrition équilibrée ou les effets du tabac sur leur système cardio-vasculaire. De quoi améliorer la qualité de vie des patients concernés et ainsi éviter complications et rechutes.

Avec la télémédecine, le patient devient acteur de son protocole de soins, se sent plus impliqué et est donc plus enclin à suivre sa thérapie, sans rupture avec son mode de vie habituel.

Claire Morisset

Si, à terme, les résultats de l’étude s’avèrent concluants, ce programme à distance pourrait être décliné pour d’autres pathologies chroniques (respiratoires, orthopédiques, neurologiques…). Il faut dire que le CHU et la télémédecine semblent faire « bon ménage ». En janvier dernier, l’établissement avait déjà signé une convention avec le Groupement des professionnels de la santé de l’Auxois sud (GPSAS) pour déployer un outil de télémédecine améliorant la prise en charge des patients atteints d’apnée du sommeil.

Déjà plusieurs offres disponibles

Depuis l’annonce d’une prise en charge par l’assurance maladie, les plateformes se sont multipliées et la concurrence promet d’être rude. Si toutes ont l’obligation d’être sécurisées, les horaires d’ouverture varient en revanche d’une structure à l’autre. Passage en revue des offres disponibles

  • Qare est basée sur le principe de l’abonnement. Pour 29€/mois par personne, et 49€ pour toute la famille, les patients ont le droit à des consultations vidéos en moins de cinq minutes, en illimité, avec livraison de médicaments.
  • Hellocare revendique 10 000 patients. La mise en relation est annoncée « en moins de deux minutes », et le service est ouvert 7/7J et 24/24 heures.
  • Feelae, s’utilise via une application mobile à télécharger et propose la gratuité des appels jusqu’au 31 décembre.
  • MédecinDirect propose depuis 2010 des conseils avant consultation, via des complémentaires santé et des entreprises partenaires. Une réponse est garantie sous 12 heures.
  • Medicitus, met en relation des médecins de vill. Pour accéder au fichier, il faut s’abonner pour 5€ par mois.
  • Toktokdoc, est une application strasbourgeoise s’adresse plus spécifiquement aux pensionnaires des Ehpad.
  • Idomed, s’adresse aux personnes qui ne peuvent se déplacer et s’appuie sur les infirmiers pour organiser les téléconsultations depuis le domicile du patient.
  • Helloconsult est une société experte en relations patients/professionnels. Cette plateforme permet de prendre un rendez-vous pour une consultation chez un médecin de ville ou pour une téléconsultation (25€ pour 20 minutes) ou encore d’adresser une question (15€ le conseil).
  • Livi compte vingt médecins salariés. Il suffit de télécharger l’application. Présente dans plusieurs pays européens, l’entreprise compte 500 000 téléconsultations à son actif.

Des pratiques médicales en pleine évolution

Entretien avec Jonathan Ardouin, directeur général de Livi

Comment fonctionne votre service ?

Il faut d’abord télécharger l’application gratuite puis compléter un formulaire d’inscription qui prend deux minutes. On vous propose d’indiquer vos symptômes. Cela permet d’orienter vers le médecin le plus approprié et à ce dernier de préparer la consultation. Au final, on gagne du temps. Une vingtaine de symptômes est proposée. Il est également possible d’indiquer si on souhaite consulter de suite ou non, et même de préciser si on souhaite consulter un médecin avec qui on a déjà été en contact.

Vous êtes implanté ailleurs en Europe, quels enseignements avez vous tirés ?

Notre expérience en Suède nous a permis de constater que la moitié des patients sont des enfants. Nous nous adressons donc beaucoup aux femmes, mais aussi aux actifs, aux personnes âgées, et à celles vivant dans des déserts médicaux. Pour les patients, il s’agit d’une consultation médicale comme une autre. Ils sont stupéfaits par la qualité de l’écoute et de l’échange. Quant aux médecins qui travaillent avec nous, et pour qui la téléconsultation et le télétravail ont constitué une véritable révolution, ils plébiscitent ce fonctionnement, complémentaire de l’offre de soins traditionnelle.

Dans quelle mesure la télémédecine est-elle une opportunité pour le système de santé ?

En prenant en charge beaucoup de soins primaires non programmés, la téléconsultation constitue une véritable alternative aux urgences non justifiées. Dans 92% des cas, les téléconsultations à l’aide de la vidéo ont permis d’éviter les consultations physiques et donc une inflation des dépenses de santé. Ce constat a rassuré l’Assurance-maladie en Suède comme en France. Autre élément : les médecins adhérent aisément à notre fonctionnement car cela est synonyme pour eux de flexibilité du travail et d’optimisation du temps médical. Pour preuve, beaucoup de médecins auparavant aux 4/5, ont finalement ajouté un 5ème jour d’exercice grâce au télétravail. Conclusion : la téléconsultation permet de prendre en charge plus de patients

La téléconsultation exige une évolution des pratiques. Est-ce compliqué de former les médecins au digital ?

Il y a, en effet, un important travail de formation en amont, car il s’agit d’une pratique nouvelle que les médecins doivent s’approprier. Mais ils le font avec d’autant plus de conviction qu’ils savent que le digital en santé est amené à prendre une place privilégiée dans les soins de demain. Nous les formons donc sur l’environnement de travail digital, et nous les sensibilisons également à certaines recommandations cliniques différentes des pratiques de consultations en présentiel. Par exemple, nous ne souhaitons pas prendre en charge des pathologies spécifiques telles que les pneumopathies ou l’autisme.

Quels sont les avantages concrets pour les patients ?

Le service donne la possibilité à un patient de consulter – depuis chez lui, sans avoir à se déplacer – un médecin généraliste tous les jours de la semaine, du lundi au samedi, sur une amplitude horaire allant de 7h à 23h, et le dimanche de 10h à 20h. A nous d’orienter le patient vers un service spécialisé ou vers les urgences le cas échéant. Au final, le patient se voit proposer rapidement une consultation de qualité, remboursée par l’Assurance-maladie, où qu’il se trouve. Ce que recherche avant tout le patient, c’est être mis rapidement en relation avec un médecin. Nous le lui permettons.

Y a-t-il un surcoût pour le patient qui privilégie la téléconsultation ?

Non, aucun. La téléconsultation coûte 25 euros. Et depuis le 15 septembre, les téléconsultations sont remboursées par l’Assurance-maladie, selon les règles du parcours de soins coordonné.

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