L’intelligence artificielle plus que jamais au service des patients

Après un premier volet dédié à la révolution de l’intelligence artificielle, Innov’Asso revient sur l’essor de cette technologie et sur la façon dont elle se met de plus en plus au service du diagnostic d’une part, et au service de l’accompagnement des patients d’autre part.

L’intelligence artificielle plus que jamais au service des patients

L’impact de l’intelligence artificielle sur la santé est considérable.

confirme Mehdi Benchoufi

A ses yeux, il faut être en situation d’anticiper les conséquences de cette technologie, notamment en termes d’évolution des métiers. Il met en avant l’explosion du nombre d’applications, que ce soit sous la forme de start-up qui se créent ou de dispositifs médicaux en cours de réalisation… Il rappelle qu’alors que les techniques d’intelligence artificielle étaient jusqu’à présent plutôt à l’état de prototypes et challengeaient l’expert quant à ses capacités d’analyse. Désormais, elles surperforment les capacités de l’homme. C’est l’un des changements majeurs de ces derniers mois. Et de citer un article récent paru dans la revue « Nature » sur les cancers de la peau.

Il existe un applicatif qui observe des lésions de la peau. Les performances de la machine sont sensiblement meilleures que celles des experts. Et les exemples se multiplient. La Food and Drug Administration aux Etats-Unis a validé l’usage de l’intelligence artificielle pour réaliser des fonds d’œil. On en est au stade où le régulateur se positionne sur le sujet, autrement dit, la maturité de la technologie la rend propre à l’usage clinique.

Mehdi Benchoufi

Les autorités publiques cherchent véritablement à promouvoir l’intelligence artificielle, notamment en santé, grâce à des financements dédiés ou encore à la multiplication de conférences sur le sujet. Cela contribue à sensibiliser le grand public.

La pédagogie a déjà commencé en établissant le sujet au cœur du débat politique. Il faut vraiment mettre au crédit du gouvernement d’avoir popularisé ces questions, notamment en commandant un rapport et en le médiatisant.

Mehdi Benchoufi

Il est convaincu que ces technologies seront à portée de main, cela permettra de se les approprier davantage encore. C’est déjà le cas avec certaines applications qui permettent par exemple de photographier un grain de beauté avec son mobile et d’évaluer s’il s’agit de cellules cancéreuses ou de lésions dermatologiques.

L’IA au service du diagnostic des maladies

Pour former un expert, il faut 20 années. Lui même devra transmettre son savoir à d’autres, ce qui est également chronophage, alors que les machines, grâce au machine learning, permettent de fabriquer un expert en quelques heures. Une fois que la machine a appris, elle peut dupliquer son expérience des millions de fois.

Mehdi Benchoufi

Si le gain de temps est évident, il y a aussi un gain en termes de performance, tant sur le plan du diagnostic que du pronostic (à lire : l’article suivant de ce dossier sur Pixyl). D’autant que ces machines robotisées peuvent assister le geste du chirurgien. Si toutes ces solutions sont embarquées dans le smartphone des gens, la qualité des soins sera meilleure, tout comme l’accès aux services médicaux.

L’IA au service de l’accompagnement des patients.

Du point de vue des patients, l’intelligence artificielle permettra bien sûr une amélioration du service. La technologie numérique vient jusqu’au patient, grâce au téléphone portable, dans lequel il est possible d’embarquer énormément de logiciels. D’où la perspective d’avoir un « mini médecin » à portée de doigts, comme le montre l’exemple de Vik (lire le dernier article de ce dossier sur Vik).

En revanche il faut être extrêmement précautionneux quant à l’usage qui sera fait de ces nouvelles technologies. Elles doivent être en open source, de façon à être auditables, et qu’on puisse à la fois se former une juste opinion de ses performances et s’assurer que les méthodes de validation ces algorithmes soient adaptés.

Mehdi Benchoufi

Il insiste aussi sur la nécessité de s’assurer qu’au plan éthique, on soit respectueux d’un certain nombre de principes qui fondent la prise en charge des malades.

IA : work in progress

Il est intéressant de constater que les industriels de santé mettent eux aussi en place des initiatives intéressantes. Chez Roche, un chatbot a été développé avec l’entreprise Clevy. Son nom : Alfred.

Nous avons eu l’idée de ce projet suite à des discussions avec des collaborateurs. Ils sont sur-sollicités pour des questions récurrentes, alors qu’un outil pouvait être mis en place pour les soulager sur des sujets simples et récurrents.

Jean-Frédéric Petit-Nivard, Innovation Manager au sein du groupe

A très court terme, l’objectif d’un tel projet était de tester l’usage et de savoir si les collaborateurs étaient susceptibles d’avoir recours à ce genre de solutions, ce qui suppose de changer les usages, car beaucoup sont habitués à envoyer des messages ou passer des coups de téléphone.

Nous voulions mesurer leur intérêt et leur adhésion pour ce type de services, mais aussi nous faire notre propre avis sur la maturité de la technologie.

Jean-Frédéric Petit-Nivard

Un tel projet peut-il s’étendre à des structures tels que les hôpitaux ?

C’est déjà le cas, souligne Jean-Frédéric Petit-Nivard, même si, comme dans toute technologie, il ne faut pas la sur-vendre, afin de ne pas créer de déceptions susceptibles de rebuter les utilisateurs.

Jean-Frédéric Petit-Nivard

Pour l’heure, Alfred est limité à un usage interne.

Il sera temps de juger à la fin de la période pilote si la technologie est suffisamment « mature » pour être proposée aux patients.

Jean-Frédéric Petit-Nivard

Work in progress…

Pixyl : l’intelligence artificielle au service du diagnostic neurologique

Fondé en 2015 par une équipe de chercheurs de l’Inria et de l’INSERM, Pixyl est une start-up grenobloise prête à faire bouger les lignes du diagnostic médical. Pour ses créateurs, l’intelligence artificielle est bien plus qu’un simple outil : elle constitue l’avenir du secteur de la santé. Rencontre avec Senan Doyle, l’un de ses fondateurs.

D’où vous est venue l’idée de créer Pixyl ?

Avec mes co-fondateurs, Florence Forbes et Michel Dojat, nous étions déjà très intéressés par la neuro-imagerie. Puis, nous avons travaillé avec des neurologues et des neuroradiologues du CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Grenoble. Pour eux, nous avons développé une solution d’extraction des biomarqueurs en neuro-imagerie. En discutant, nous avons compris qu’il n’y avait aucun autre produit similaire sur le marché. Nous avons trouvé cette thématique intéressante et même nécessaire à développer. C’est comme cela que Pixyl est né.

Quel est le but exact du logiciel de neuro-imagerie Pixyl.Neuro ?

Actuellement, certaines informations en neuro-imagerie sont très difficiles à obtenir. Le logiciel Pixyl.Neuro permet d’extraire ces dernières pour faciliter la prise de décision médicale. Il est important de les rendre accessibles aux cliniciens et aux personnes qui réalisent des essais cliniques. Nous avons créé ce logiciel pour trois raisons principales: pour développer de nouvelles thérapies, pour adapter le traitement aux patients et pour accélérer l’accès aux informations cruciales pour un diagnostic plus rapide et fiable.

En quoi ce logiciel permet-il un meilleur diagnostic ?

Nous ne revendiquons pas que le logiciel permet un meilleur diagnostic. Nous fournissons, avant tout, un support avec des mesures fiables qui permettent de diagnostiquer avec plus de confiance.

Comment cette solution logicielle fonctionne-t-elle ?

Tout d’abord, il y a une phase d’apprentissage où l’intelligence artificielle intègre les avis des experts. Puis, on met en place un modèle qui nous va nous permettre de reproduire ces avis. Ainsi, les nouvelles images sont analysées à partir de ces informations acquises par l’intelligence artificielle. En application, le logiciel permet d’identifier des régions, des lésions ou des structures anormales dans le cerveau.

En quoi ce logiciel permet-il une meilleure prise en charge du patient ?

Par exemple, nos outils pour la sclérose en plaque permettent d’identifier et de quantifier la charge lésionnelle actif chez les patients. Cela permet aux cliniciens d’adapter le traitement des malades. Dans ce cas, la personne n’a pas à attendre deux ans avant de changer ses médicaments. Cela a un vrai impact dans sa vie.

De manière générale, avez-vous le sentiment que l’IA est suffisamment au service des patients, que ce soit pour le diagnostic dans un premier temps ? Et pour l’accompagnement dans un second temps, une fois le diagnostic posé ?

Pour moi, l’avenir de l’intelligence artificielle en clinique est évident car elle ne peut qu’améliorer la prise en charge des patients. C’est même reconnu comme un outil, un support important à utiliser et à mettre en place pour aider les malades. Toutefois, bien que l’intelligence artificielle intéresse beaucoup le milieu médical, rien n’est encore totalement acquis. Par exemple, les patients ont rarement accès à l’intelligence artificielle dans leur diagnostic. Le potentiel de cette technologie n’est pas encore utilisé à 100%.

Vik un compagnon virtuel pour les femmes atteintes de cancer du sein

Laure Guéroult Accolas, Présidente de Patients en réseau, a lancé Vik Sein en octobre 2017. Pour Innov’Asso, elle explique l’intérêt de ce dispositif.

Qu’est-ce que Vik Sein et comment est ce que cela fonctionne ?

C’est une intelligence artificielle. Disponible sur Facebook Messenger, il faut l’ajouter en amis pour pouvoir échanger avec elle. Avec près de 3 500 amis, elle permet de venir en aide aux patientes atteintes d’un cancer du sein. Mais aussi d’apporter un soutien à leur entourage. Elle est composée de modules et de savoirs faire. Par exemple, il est possible de retrouver des fiches à propos des principaux médicaments prescrits lors d’un cancer du sein, pour connaître les effets secondaires par exemple. La patiente peut également programmer des rappels pour ne pas oublier de prendre son traitement. C’est un compagnon virtuel qui aide à être plus observant au quotidien.

Comment est-ce que vous avez construit votre projet ?

Le tout premier contact avec Vik et la start-up WeFight s’est établi à Pharmagora en 2017. Les équipes de la start-up m’ont alors expliqué qu’elles voulaient se positionner comme des compagnons dans le cancer. Pour moi, on ne pouvait pas utiliser cet outil pour aider les patients atteints d’un cancer de manière générale. Il fallait répondre spécifiquement au besoin des gens. Nous avons alors décidé de travailler ensemble, ce qui est, en soit, une innovation. C’est à dire que nous en tant qu’association, nous pouvions leur apporter une expertise patient et eux, en tant que start-up, pouvaient nous aider en terme de techniques de création. Ce partenariat a permis de monter un dossier pour lever les premiers fonds. Nous avons également travaillé avec un panel de patients. Ces personnes ont testé les différentes évolutions de Vik Sein tout au long de son élaboration. Finalement, nous avons lancé ce chatbot le 1er octobre 2017.

Comment est-ce que vous enrichissez les contenus de Vik Sein ?

Ils sont conçus par les équipes de la startup WeFight, et sont tous sourcés. Alors, comment ça se passe exactement au niveau de l’enrichissement ? C’est là tout l’intérêt de l’intelligence artificielle et du mode « réponse ». Quand je pose ma question en tant qu’utilisateur, Vik peut me répondre. Ou pas. Dans ce cas là, la question va être traitée par les équipes dédiées.

Comment est-ce que vous avez médiatisé cet outil ?

Dans notre budget de développement, nous avions prévu une communication presse. Nous avons organisé un petit déjeuner qui a eu du succès et a permis quelques retombées, notamment sur M6. Nous avons également une page Facebook et essayons de diffuser beaucoup d’informations au sein de notre communauté de patient.

Est-ce que vous avez l’intention de développer cet outil pour d’autres cancers, pour le cancer du poumon par exemple comme c’est un sujet auquel vous vous intéressez également beaucoup ?

Nous avons lancé le réseau social Mon Cancer du Poumon en Novembre 2017 qui est actuellement en plein développement. A terme, nous aimerions beaucoup décliner cette proposition de Vik Sein pour d’autres cancers et notamment pour le cancer du poumon. Le développement entraîne un certain coût donc si nous voulons développer cet outil, nous allons avoir besoin de plus de fonds.

Mettons que des associations souhaitent également lancer un outil similaire, quels seraient vos conseils ?

Si on ne collabore pas avec le personnel soignant (pharmaciens, médecins, infirmières etc.), il y a le risque de passer à côté d’une certaine justesse au niveau des questions médicales et scientifiques. Si on n’inclut pas les patients dans le processus de création, on risque par ailleurs de ne pas répondre réellement à leurs besoins. Enfin, si on ne coopère pas avec une équipe technique, le rendu technologique sera mauvais. En résumé, il faut travailler avec tout le monde !

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