Réseaux de santé et MAIA :
un mariage qui fonctionne ?

En 2018, la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) a donné une mission bien précise aux Agences Régionales de Santé (ARS): organiser le rapprochement entre les Réseaux de santé et les MAIA (méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie). Décryptage d’un système complexe.

 

Depuis une quinzaine d’années, les différentes politiques de santé de l’Etat ont facilité la mise en place des systèmes de coordination comme les Réseaux de santé, les Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie (MAIA) ou encore les CLIC (Centres Locaux d’Information et de Coordination) pour permettre le retour ou le maintien à domicile des personnes malades. Rapidement, les structures s’accumulent et les problèmes aussi. Manque de visibilité auprès des professionnels et plus particulièrement ceux de ville (médecins, pharmaciens, infirmiers libéraux etc.), faible communication auprès des associations de patients, des malades et de leurs familles ou encore, confusion des rôles et des missions de chaque structure.

 

“Au fil du temps, l’Etat a créé un certain nombre de dispositifs et de structures sans avoir une vision globale. Résultat, ils se chevauchaient souvent et la confusion était générale”, affirme Laurent Cenard, Directeur du Réseau de Santé pluri-thématique Onco94, porteur d’une Plateforme Territorial d’Appui (PTA). “Par exemple, si le médecin généraliste avait un patient de 70 ans, dément, atteint d’une affection cancéreuse, à qui devait-il l’adresser ? Le réseau de gérontologie ou le réseau de cancérologie ?”

 

 

Vers un système simplifié

 

Un casse-tête qui fait réfléchir l’Etat et qui conduit, en 2012, au regroupement des réseaux de santé. Ainsi, ces structures auparavant mono-thématiques deviennent pluri-thématiques. Puis, en 2016, dans un souci de simplification et d’efficacité des réseaux, la Loi de Modernisation du Système de Santé (LMSS) permet, entre autres, la création des Plateformes Territoriales d’Appui (PTA). Ce dispositif est destiné aux médecins traitants et aux professionnels de santé de ville confrontés à la prise en charge de patients en situation complexe, quels que soient l’âge, la pathologie ou les difficultés psychologiques et sociales rencontrées. Pour répondre à leurs objectifs, ces PTA peuvent être amenées à faire collaborer en son sein les différentes structures de coordination, notamment les réseaux et les MAIA.

 

Cette dynamique de regroupement ne s’arrête pas là ! En 2018, deux éléments majeurs font leur apparition dans le champ de la santé. Tout d’abord, l’Etat lance la stratégie nationale de santé 2018-2022 qui permet la convergence des dispositifs de coordination déjà existants. En parallèle, la nouvelle Loi de Financement renforce le redéploiement de certains crédits sur les dispositifs de coordination et d’appui, facilitant la fongibilité des fonds, notamment ceux des réseaux de santé et des MAIA.

 

Rapprochement entre réseaux de santé et MAIA

 

Dans cette dynamique de convergence, les réseaux de santé et les MAIA se retrouvent très vite à devoir coopérer. En effet, étant tous deux sous la tutelle de l’Etat, le « mariage » se voit simplifié. Toutefois, le gouvernement ne s’occupe pas directement de la mise en place. Ce sont les Agences Régionales de Santé (ARS) qui donnent les directives et organisent ce système de convergence:

 

“Chaque ARS, dans le cadre des directives de l’Etat, décline une stratégie régionale de mises en place de cette réorganisation. Il y a des régions qui ont commencé à faire des choses et d’autres non”, reconnaît Laurent Cenard.

 

Par exemple, en Ile-de-France, des groupes de travail sont en train d’être constitués pour faciliter la mise en place du rapprochement alors qu’en Bretagne les rapprochements sont plus avancés. Une vingtaine de PTA se mettent en place, regroupant des réseaux et des MAIA alors qu’en Ile-de-France seulement deux PTA sont fonctionnelles.

 

Bien que le système soit à plusieurs vitesses, le rapprochement permet une complémentarité indéniable. En effet, chaque structure possède ses propres atouts qui ajoutent une plus-value importante aux rapprochements. Les MAIA, par exemple, s’occupent de la gestion de situations complexes sur du long cours alors que les réseaux de santé sont plus spécialisés dans l’expertise à court terme. Cette alliance permet une prise en charge du patient plus globale et plus fluide:

 

“Prenons l’exemple d’un couple de personnes âgées. Le mari, âgé de 75 ans est suivi par le réseau pour des problèmes de douleurs liées à son cancer de la prostate en lien avec le médecin généraliste. Parallèlement, il s’occupe de sa femme, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ce monsieur décède brutalement. Son épouse souhaite rester à son domicile malgré de nombreuses difficultés repérées, notamment l’absence d’aide. Le réseau fera appel à la MAIA pour qu’elle vienne compléter le soutien enclenché par le réseau, notamment en apportant un appui rapproché et un accompagnement global. Le cas inverse existe également. La MAIA peut aussi faire appel au réseau”, développe Laurent Cenard.

 

L’objectif final serait une fusion totale entre toutes les structures de coordination (réseaux, MAIA, CLIC, PAERPA etc). Toutefois, un tel travail de regroupement nécessite une organisation très minutieuse car cela implique que chaque organisation se restructure. D’autres risques liés à une trop grande convergence sont également présents:

 

“Il faut faire attention à ce que cela ne se transforme pas en mégastructures technocratiques et trop généralistes. Nous sommes avant tout là pour les patients et les professionnels de santé. Il ne faut pas que notre travail perde son sens”, met en garde Laurent Cenard.

Verdict dans quelques années.

 

Interview: Luc Miossec, infirmier libéral en région Bretagne

 

Cela fait 35 ans que Luc Miossec est infirmier libéral. Depuis le début de l’année, il assiste et participe à la mise en place de la convergence entre les MAIA et les autres structures de coordination comme les Centres locaux d’information et de coordination (CLIC) ou encore les Plateformes Territorial d’Appui (PTA) dans la région Bretagne. Il partage son point de vue sur ce nouveau système.

 

Quels sont les objectifs à long terme ?

L’objectif c’est d’éviter que les personnes atteintes de pathologie chronique aient une perte d’autonomie. Il faut essayer de les prendre en charge le plus tôt possible pour qu’elles puissent être accompagnées à domicile et éviter des hospitalisations. Il faut tenter de maintenir les patients à domicile le plus longtemps possible et dans le meilleur état.
Depuis quand la convergence entre les MAIA et les autres structures a-t-elle été mise en place en Bretagne ?
Je ne peux pas parler de toute la Bretagne car personnellement je travaille dans le Finistère Sud. Il y a environ cinq ans, une première MAIA s’est mise en place, la MAIA de l’Ouest Cornouaille. Chez nous, il y a essentiellement des rapprochements entre la PTA (qui vient de se mettre en place) et les MAIA. Cela faisait des années que ces organismes étaient indépendants et le rapprochement est très récent. Leur travail commun s’organise progressivement depuis le début de l’année.

 

Qu’est-ce que le rapprochement a permis comme changement sur le terrain de l’infirmier ?

Pour les infirmiers, cela ne change pas encore beaucoup de choses car nous sommes seulement au début du processus. Cette convergence est encore assez mal connue. Par ailleurs, certaines MAIA et PTA sont seulement en train d’être mises en place et sont encore peu répandues auprès des infirmiers libéraux. C’est souvent à la demande des sociétés d’aide à domicile, du conseil départemental ou encore du conseil général que les MAIA prennent des dossiers, moins fréquemment à la demande des infirmiers libéraux. Le but premier est que cette convergence facilite notre travail mais tout est question d’information et il est très difficile d’informer les professions libérales. Par ailleurs, sur Quimper nous sommes en train de mettre en place les premières Communautés Professionnels Territoriales de Santé (CPTS) de Bretagne. Les MAIA et les PTA qui travaillent déjà ensemble vont être des outils pour ce nouveau système. Cela va permettre un regroupement des professionnels de santé libéraux et inciter les différents métiers à échanger entre eux mais aussi accompagner et favoriser la coopération et la coordination des acteurs de terrain.

 

Qu’est-ce que cette convergence permet pour les patients ?

Pour les personnes à domicile, cette convergence permet quelque chose d’assez paradoxal. Ils accèdent à la fois à une prise en charge plus complète car les PTA viennent appuyer les MAIA. Toutefois, le fait que les trois réseaux de santé de Quimper (Réseau de soins palliatifs, réseau de soins de cancérologie et réseau de diabétologie) aient fusionné en une seule PTA, cela diminue la qualité de soins. En effet, les activités ne sont plus exactement les mêmes et le suivi est moins précis.

 

Qu’est-ce que cette convergence apporte aux familles des patients ?

Pour le moment, cela n’apporte rien directement car les MAIA et les PTA ne peuvent pas être interpellées directement par les familles. Il n’est pas prévu qu’elles aient un accès. En revanche, sur les portails des MAIA, il y aura des informations pour les patients, leur famille et même pour la population de manière plus générale.

 

A titre personnel, que pensez vous de ce rapprochement?

La prise en charge des cas dits « complexes » est forcément une bonne chose car la PTA va chapeauter les MAIA et donc élargir les compétences de la PTA. Toutefois, leur efficacité va dépendre de la répartition de leur rôle et du nombre de dossiers suivis par chacun. Cela risque d’être un peu redondant et donc avec des coûts importants car chaque organisme a au moins cinq ou six salariés. J’ai peur qu’il n’y ait pas assez de travail pour tout le monde.

 

Est-ce qu’il y a des points négatifs à cette convergence ?

Il n’y pas particulièrement de points négatifs. C’est surtout que pour l’instant il y a une méconnaissance du rôle de la MAIA et de l’intérêt de la convergence. Toutefois, il existe certains risques. Par exemple, si les missions de la MAIA sont totalement oubliées au profit des PTA, il y aura une perte en terme de proximité.

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