Les associations au cœur de l’innovation en santé

Les Partenariats Publics-Privés (PPP)

A l’occasion du salon Vivatech en juin 2022, Emmanuel Macron a appelé de ses vœux « une révolution culturelle » pour renforcer les partenariats public-privé dans le secteur de la santé digitale.
L’objectif ? Faire de la France un champion de la e-santé.
Si des initiatives sont menées depuis plusieurs années, le temps est venu de passer à la vitesse supérieure pour améliorer à la fois le quotidien des soignants et l’accompagnement des patients.

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Les Partenariats Publics Privé (PPP), la clé pour booster la santé digitale

Que ce soit le déploiement de l’intelligence artificielle dans le domaine médical (notamment dans la lutte contre le cancer), le diagnostic de maladies rares grâce au big data ou encore l’essor de l’internet des objets, le secteur de la e-santé a fait un bond de géant ces dernières années. Des innovations qui pourraient être plus importantes encore si la culture de coopération entre le public et le privé était moins timide. Sans parler de la difficulté à mettre en place des business model dans le secteur de la e-santé. 

La situation évolue toutefois positivement avec la création de structures comme le Health Data Hub ou encore PariSanté Campus, dont la raison d’être est de faire travailler ensemble des acteurs privés et publics dans l’écosystème de la santé.

SATT, RHU, IHU et laboratoires communs

Autre avancée majeure : la création de structures de transfert de technologie (SATT) qui figurait parmi les orientations du PIA (Programme d’Investissement d’Avenir) et qui ont favorisé la valorisation industrielle des recherches scientifiques. Cette logique de rapprochement entre la sphère publique et le privé doit intervenir très tôt dans la vie du chercheur, selon Franck Mouthon, le président de France Biotech, une association qui fédère les entrepreneurs de l’innovation dans la santé et leurs partenaires.
Si les choses progressent, il reste beaucoup de travail à réaliser notamment auprès des étudiants sur ce sujet de la valorisation des actifs et les interactions à mener avec le monde industriel. Plus tôt ce sujet est pris en considération, idéalement dès la formation initiale, mieux c’est », insiste-t-il, en effet « Les entrepreneurs de la HealthTech et cadres de cette industrie doivent jouer un rôle beaucoup plus important en France dans l’acculturation des étudiants de ce secteur notamment pour partager les standards et ambitions industriels. »

Autres outils puissants pour booster les partenariats publics-privés dans la santé : les RHU (Recherche Hospitalo-Universitaire en Santé) et les IHU (Instituts Hospitalo-Universitaires), des programmes basés sur l’excellence scientifique et médicale. « Globalement, ces programmes sont remarquablement efficaces car permettent d’ancrer dans l’excellence scientifique et médicale des collaborations naissantes », poursuit le président de France Biotech. Ce peut être l’occasion de mettre en place des laboratoires communs.
Ce recours est trop sous utilisé, alors qu’il permet à une entreprise de pérenniser une partie de sa R&D au sein d’un laboratoire académique (financé en partie par l’ANR afin que le laboratoire conduise le programme) avec du personnel et des équipements communs. « C’est extrêmement puissant pour favoriser l’ancrage d’une R&D collaborative fructueuse et plus largement les PPP », explique Franck Mouthon. On peut citer par exemple la signature, le 15 décembre 2022, d’un partenariat de recherche entre Valbiotis et l’Université Clermont Auvergne. Valbiotis est une entreprise de Recherche et Développement engagée dans l’innovation scientifique, pour la prévention et la lutte contre les maladies métaboliques et cardiovasculaires. L’objectif de ce rapprochement avec l’Unité MEDIS de l’Université clermontoise est de faire avancer la recherche dans le microbiote intestinal.

Des tiers lieux d’expérimentation pour une évaluation des innovations en temps réel

Autre initiative récente soutenue par France Biotech : les tiers lieux d’expérimentation. Structures de santé hébergées au sein d’un établissement de soin public ou privé, leur but est de faire émerger des innovations digitales sur la base des besoins et expertises des soignants, quel que soit leur poste, puis d’adapter les modalités d’utilisation. « Cette évaluation en vie réelle par les utilisateurs constitue une approche pragmatique et marque un changement de paradigme pour l’évaluation de ces innovations digitales au service de la santé », explique Franck Mouthon, ajoutant que « ces structures hospitalières, qu’elles soient publiques ou privées, sont également des acheteurs donc le fait de fiabiliser le développement de ces innovations par rapport à leur utilisation permettra d’offrir à ces entreprises des perspectives concrètes. »

Dix premiers tiers lieux ont été annoncés récemment, avec un programme de financement sur trois ans. Ce programme de la stratégie d’accélération numérique en santé va se poursuivre en 2023 et 2024 pour labelliser une vingtaine d'autres tiers lieux d’expérimentation.

Les PPP, une chance pour booster le secteur de la santé

L’accompagnement des autorités de santé dans l’émergence, le développement et le déploiement des innovations médicales est le cheval de bataille de l’association France Biotech pour encourager et faciliter les PPP. « Le système de santé doit être en mesure d’exprimer ses besoins, de choisir, d’aider ou d’orienter  le flux d’innovations », insiste Franck Mouthon, faisant au passage le parallèle avec ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique où les autorités formulent des avis engageants aux porteurs de projets afin que ces derniers disposent de la visibilité des exigences pour franchir les différentes étapes du développement, ce qui est particulièrement précieux pour les investisseurs.

Il n’en demeure pas moins que la donne a très favorablement évolué. Les PPP mis en place actuellement dans le secteur des sciences de la vie reposent désormais sur l’établissement d’un dialogue de long terme entre des experts issus de disciplines très variées qui œuvrent à établir des synergies pour répondre aux nouveaux défis médicaux et technologiques. Dans le domaine de la médecine personnalisée notamment, discipline qui requiert un accès à de très larges cohortes de patients, centres de ressources biologiques ou encore bases de données cliniques, les industriels misent de plus en plus sur des approches plus ouvertes au sein d’écosystème d’innovation intégrant recherche physiopathologique, clinique et translationnelle.

En associant des parties prenantes d’origines variées (associations de patients, experts en santé publique et sciences humaines et sociales, épidémiologistes, économistes, agences règlementaires, etc…), certains PPP peuvent également lever des blocages très en amont liés, par exemple, à des problématiques pharmaco-économiques ou psychosociaux qui pourraient freiner l’adoption de telle ou telle innovation.

Les PPP dans le domaine de la santé peuvent également faciliter la mise en œuvre d’approches trans-sectorielles en réponse à des questions de santé publique et inciter des acteurs privés à s’investir dans des domaines où les perspectives de retour financier restent limitées. Ainsi, plusieurs PPP européens, notamment dans le cadre du programme Horizon 2020 et de lInnovative Medicine Initiative ont facilité la mise en place de larges consortiums de recherche clinique, comme l’European Clinical Research Alliance on Infectious Diseases (ECRAID).

Reste à présent à généraliser les bonnes initiatives et à  gagner en vélocité…

La collaboration entre public et privé ne coule pas de source

Que pensent les associations de patients des partenariats public-privé ? Estiment-elles que c'est la clé pour davantage d'innovations ? Nous avons choisi de poser la question à l’une d’elle. 

Échanges avec Anne Buisson, directrice de l’Association AFA Crohn RCH France

Que vous inspire cette logique de partenariats public-privé ?

Le concept me semble un peu galvaudé, mais il n’en demeure pas moins que ces collaborations peuvent avoir du sens, et jouer un rôle d’accélérateur, car on sait que côté « public » les budgets sont moindres. Le secteur privé est quant à lui souvent plus agile pour lever des fonds. Pour autant, ces partenariats ne coulent pas de source, car le public et le privé sont deux entités qui, naturellement, n’ont pas tendance à collaborer. Si leurs objectifs peuvent être similaires, leurs intérêts ne sont pas nécessairement les mêmes. Il est important selon moi de construire une « charte de collaboration », comme nous le faisons avec les industriels. Comment dessiner la collaboration et sur quel type de projet est-ce possible ? En effet, sur certains sujets, on se sent très à l'aise, sur d'autres moins, et on ne veut pas se sentir trop éloignés de nos missions. 

Les discussions pour aboutir à des accords sont souvent complexes et laborieuses, car elles entraînent des considérations juridiques, financières et bien sûr éthiques.

Précisément, comment y avez-vous recours ?

En ce qui nous concerne, nous sommes dans la logique de rechercher des collaborations qui nous ressemblent, que ce soit dans le public ou le privé. Nous avons vocation, comme les autres associations, à apporter des améliorations très concrètes dans la vie des patients. Pour cela, nous avons mené beaucoup de collaborations avec des sociétés privées, par exemple pour faire en sorte qu’il y ait moins d'inégalités d'accès dans les essais cliniques, ce qui suppose que les patients soient mieux informés. 

Nous avons aussi des partenariats avec des start-up pour développer des applications et apporter une information personnalisée qui peut servir au patient dans son parcours médical, ou encore développer un outil de remontées des discussions de patients dans les réseaux sociaux. Tous ces partenariats doivent, pour nous, s’inscrire dans un service réel rendu aux patients.

Quels sont les freins à ces PPP ?

Quand on observe ce qui se passe à l'hôpital en général, on voit bien que l’organisation est un peu à bout de souffle. Beaucoup pensent qu’injecter des partenariats avec le privé peut contribuer à soutenir le système, mais je conçois que cela puisse heurter certains soignants qui pourraient le vivre comme un aveu de faiblesse quelque part, puisqu’il est nécessaire de pallier les carences du système. 

Il peut exister de fortes différences de culture, des niveaux de connaissances, des pratiques différentes, des préjugés etc. Pour éviter la frustration, il  faut que chacun y trouve son avantage et qu’il y ait un réel partage des bénéfices. 

Pas seulement en termes de modèle financier, mais aussi et surtout un bénéfice pour les patients, par exemple, en termes de pertinence et de qualité des soins. 

Quand cela  marche bien, je reste persuadée que ces partenariats sont de réels accélérateurs, parce que je suis convaincue que tout seul on est moins efficace qu’à plusieurs.

Coalition Next : un exemple réussi de Partenariat Public - Privé

Favoriser l’adoption de solutions numériques en santé en regroupant des entreprises de santé, des laboratoires pharmaceutiques, des établissements de soins publics et privés, des mutuelles, des associations de patients et des acteurs de l’innovation et du financement, c’est tout l’enjeu de la Coalition Next. 

L’objectif ?  Identifier et accélérer collectivement, via des appels à projets, la mise à disposition de solutions innovantes, à impacts vertueux pour les patients et le système de santé. Cette coalition, véritable modèle de partenariat public privé, a donc vocation à accélérer le déploiement de projets innovants et accompagner la mutation du système de santé. 

Membre fondateur de Coalition Next  en 2021, Roche a renouvelé depuis son engagement pour s’impliquer dans cette initiative unique en son genre.

Sur la trentaine de projets qui ont été déployés, Roche France en a soutenu 6, parmi lesquels  Alex pour 1000 patients en oncologie ou encore la plateforme Les Patients s'engagent.

Roche France s’est par ailleurs rapproché du CHU de Brest pour s’allier à la startup Octopize - Mimethik Data.

Il s’agit de mettre en place une exploitation éthique des données de santé grâce à une technologie d’anonymisation pour impulser une nouvelle dynamique autour du partage sécurisé de la donnée de santé . « Nous avons voulu avoir un rôle précurseur pour impulser ce mouvement au travers de ce partenariat tripartite. En effet, le partage sécurisé de la donnée s'inscrit totalement dans notre fort engagement chez Roche, pour générer de nouvelles connaissances, améliorer la prise en charge des patients, et finalement contribuer à rendre le système plus efficient Il est important de savoir quel besoin prégnant et non couvert on cherche à adresser et comment on l'adresse, mais aussi quelles sont les contributions des différentes parties prenantes pour permettre le déploiement  d’une solution », relève Tania Aydenian, Innovation Senior Lead chez Roche Pharma France. 

« Nous développons de nombreux partenariats avec tout type de de structures, dans une logique de co-construction. Coalition Next est un véhicule parmi d'autres. Ce programme a commencé pendant la pandémie dans l’idée de désengorger le système de soins avec des solutions, notamment digitales, et de poursuivre le maintien de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques », explique-t-elle.  

Et d’ajouter : « Les porteurs de projets, essentiellement des start-up, souscrivent selon les thématiques définies par les membres fondateurs et nous passons en revue les dossiers. Nous avons collectivement analysé plus de 800 candidatures au cours des 3 dernières éditions. 
La phase  de déploiement des solutions intervient suite à un comité de sélection et à la phase contractualisation  entre l'établissement de santé, le porteur de la solution et le laboratoire pharmaceutique. Notre rôle ne se limite pas à un soutien financier mais consiste en une forte implication de nos experts dans le déploiement de la solution portée par la start-up », précise Tania Aydenian.
Désormais, les thématiques sont moins liées au COVID, et portent notamment sur l'organisation du soin, entre la ville et l'hôpital et sur l’amélioration du parcours patient.  

Quid de la mesure de l’efficacité de ces rapprochements ? « Il faut compter un certain temps de déploiement et poser les indicateurs de mesure adéquats pour être en capacité d'avoir un retour terrain en termes d'usage et  d'impact », observe Tania Aydenian. 

Elle souligne que les associations de patients ont un rôle important à jouer dans la coalition, et qu’elles doivent impérativement avoir voix au chapitre !

M-FR-00007979 - V1.0 - Établi en Janvier 2023

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